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François Coulaud

Apparition

Paris, 17 heures, mi juin.

Boulevard Haussmann.

Galeries Lafayette.

Chaleur, bruits de moteur, encombrement.

Le bras posé sur ma vitre ouverte, je me demande pour la dixième fois pourquoi je suis venu me perdre dans ce quartier que je connais par cœur et surtout à cette heure.

Baste, ce n’est pas si grave, j’ai le temps, profitons-en pour regarder et attraper des histoires.

Mon voisin, assis dans une Porsche noire tapote son volant. C’est un jeune type d’une trentaine d’année, commercial, efficace, il n’a pas le temps, lui. Il sent que je l’observe, se tourne vers moi, écarte les bras en signe d’impuissance, je lui réponds de même.

Amusant.

Un autre type deux mètres plus loin se penche à la fenêtre de son Audi TT  pour contrôler « Si ça avance ».

Eh bien non, ça n’avance pas.

Il découvre notre dialogue muet, y participe d’un geste fataliste.

Mais oui, on connait l’endroit et l’on vient s’y poser chaque fois comme une nuée de mouches dans une toile d’araignée.

Un troisième homme joue du clavier de son Smartphone derrière les commandes d’une Alfa Roméo Spider jaune décapotée. A-t-il moins chaud ? Pas sûr !

Il relève le nez à son tour, nous envoie un signe de salutation.

Pas mal !

Convivialité de zigotos bloqués dans la même galère, qui, ensuite, ne se reverront certainement jamais. J’imagine pourtant une scéne, un café, où brusquement les quatre se retrouveraient plusieurs mois plus tard, se reconnaîtraient, sans bien savoir…

‒ Attendez, attendez, ça va me revenir…

‒ Une rue, des encombrements, Paris…

‒ Les Galeries, un jour de juin…

‒ C’est ça ! Justement.  Ah, ah, marrant ! Et alors, on se prend un pot ? Collègues de bouchon, ça se fête.

Mais pour le moment, chacun retourne à ses occupations, tapoter son volant, son portable, chercher une issue, observer les passants.

Un clin d’œil pourtant, de temps en temps, complice.

Brusquement la portière de la Jaguar blanche aux vitres teintées s’ouvre dans un glissement feutré, une beauté intemporelle en descend. Tailleur noir cintré, longs gants, talons aiguille, Lunettes de soleil qui lui masquent en partie le visage, bouche rouge, cheveux noirs ondulés.

Fabuleuse.

Sans un regard pour les quatre pauvres mâles que nous sommes, elle fend la masse des automobiles et disparaît dans le magasin.

Nous nous regardons tous quatre, bluffés.

‒ Ah quand même ! s’écrie l’homme à la Porsche.

Il résume parfaitement la situation.

Alors, d’un coup, le carrefour se débloque, nous nous quittons dans un dernier sourire, un dernier geste d’au revoir.

Ça rapproche, les embouteillages !

Et les jolies femmes !

 

Photo : L'Intemporelle.

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