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François Coulaud

Balade en Cadillac (10)

Orléans.
Déjà, en garant  la Cadillac sur le quai de Prague, nous faisons sensation. Plusieurs têtes se retournent, surtout masculines. Elles ne seront pas déçues.
Je coupe le moteur, nous descendons.
Annabelle remet en place sa robe, se recoiffe d'une main souple, comme si de rien n'était.
Spectacle.
Plusieurs paires de globes oculaires masculins envisagent de tomber de leurs orbites tant ils s'écarquillent, une lèvre ou deux pendent.
Tout va bien.
Indifférents, comme si nous n'avions rien remarqué,  nous traversons la chaussée d'un pas tranquille, nous accoudons devant la Loire. Je passe un bras derrière le dos d'Annabelle. Toujours marquer son territoire, un réflexe de tigre de la Pampa qui connait son affaire.
J'aime bien faire le tigre de la Pampa.
Le paysage est superbe !
La Loire est haute ce qui devient rare, ses flots d'un gris d'ardoise comme elle sait faire. Les arbres des iles émergent de la masse liquide en buissons graphiques déjà verts. Ils sont habitués à résister au courant de ce fleuve sauvage qui tente chaque année de les arracher.
Puis vient la ville...
C'est d'abord une jetée de pierres blanches qui claque dans le soleil, puis une allée d'arbres, hauts, fins, aux feuillages vaporeux. C'est ensuite une frange de maisons sages en tuffeau de Touraine, aux fenêtres bien alignées, aux volets de bois clair. Les toits d'ardoises, coupés de cheminées de briques rouges, marquent une ligne d'horizon sombre posée sur les façades claires.
Enfin, flottant au dessus de l'ensemble, majestueuse, imposante, la cathédrale domine la cité, dessinant sur le ciel bleu le tracé de ses deux tours massives et délicates à la fois.
On en reste, nous aussi, bouches bées.
Annabelle a les yeux brillants.
- Tu te souviens, la première fois que tu m'as emmenée ici ? Notre balade de nuit dans la ville, la Loire qui scintillait, la rue Royale et ses arcades, la rue Jeanne d'Arc avec la perspective de la cathédrale. Ce fut un coup au cœur.
Comment ne pas se souvenir de son enthousiasme, de son émerveillement, de sa joie de vivre.
Et du mien
Je lui prends la main.
Un long silence.
- On traverse.
- Oui, traversons.
Nous passons devant la drôle de maisonnette de l'octroi, traversons le passage piétons au feu devenu rouge spécialement pour nous, et nous engageons sur le pont  George V, le vieux pont.
Peut-être que l'on nous regarde, peut-être même que l'on nous observe.
Mais, allez savoir pourquoi, à cet instant, l'épaule d'Annabelle contre la mienne, mon bras autour de sa taille...
Je m'en fous.
 

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