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François Coulaud

Balade en Cadillac (13)

Le café de la Demi Lune est un endroit que j'aime, simple, tranquille, populaire.
Une courte terrasse, quelques places prises sur le trottoir, une façade à panneaux verts.
A intérieur, le long bar qui occupe presque tout l'espace, les empilements de verres brillants, les cartes postales et les photos défraichies punaisées sur le mur, le coin tabac avec les paquets gris tous identiques, quelques petites tables serrées contre les baies vitrées. De n'importe où, on peut regarder la rue, et du coin que je préfère, on aperçoit la Loire.
Bien sûr, y entrer au bras d'Annabelle provoque toujours un début d'émeute, d'autant qu'elle ne fait rien pour calmer l'ambiance, la coquine.
A notre arrivée, pourtant discrète, les trois piliers de comptoir qui s'étaient retournés machinalement nous fixent de leurs yeux plus si glauques soudain, le type devant le tabac a la mâchoire qui tombe, le regard bleu de la jolie femme blonde devient glacial à découper de l'acier.
Silence brutal.
Normal !
Dégeler tout ça.
Je lance un "Bonjour Messieurs Dames" tout ce qu'il y a de chaleureux à l'assemblée qui ne fait finalement qu'admirer ma partenaire.
Et moi, j'aime les compliments qu'on lui fait même lorsqu'ils sont de ce calibre.
Nous choisissons la table dans le coin, face à la vitre qui donne sur les quais.
Une fois assis, la conversations des trois compères reprend aussitôt. Ils parlent politique et lorsqu'on parle de choses sérieuses, ce n'est pas une gisquette, même très belle, qui va interrompre longtemps les Hommes.
Le fumeur récupère sa barre de paquets de cigarettes puis s'en retourne dans un dernier regard admiratif.
La jolie femme boit une gorgée de son thé, nous envoie deux trois couteaux qui se plantent dans nos chaises, avant de reprendre son message SMS.
La patronne, une asiatique aux yeux rieurs, s'approche.
Elle en a vu d'autres.
- Salut les jeunes. Chaque fois que vous venez, c'est le même cirque, je constate que tu ne vieillis pas Annabelle.
- Merci. Voilà un vrai compliment.
- Et vous devenez quoi ? Toujours parisiens ?
- Oui, mais en ce moment, profitant du confinement, on va se balader en province, avec les ploucs et pour commencer, Orléans.
Elle rit.
- Je vois. Merci pour les ploucs. Alors une Affligem comme d'hab pour toi François, et pour toi Annabelle, tu veux un diabolo à quel parfum débile cette fois ?
- Voyons voir... Que dirais-tu de mûre, tu as ?
- Si j'ai ? Bien entendu. Qu'est-ce-que tu crois ?
Voilà comme j'aime la vie sympa, marrante et...
Je regarde les jambes d'Annabelle.


Érotiquement tumultueuse.

 

 

Les jambes  sont de Sandrine Raimbaud, la photo de Stéphane Perruchon.
 

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