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François Coulaud

Balade en Cadillac (15)

La suite de l'extrait de "La femme à la fenêtre"

– Mais je vous connais mieux que vous ne pouvez l’imaginer. Je vous observe depuis si longtemps sans que vous le sachiez, sans que vous ne m’ayez même aperçu. Il y a des mois que je suis là, proche de vous, que je vous trouve belle, que j’ai envie de sortir avec vous. Des mois que je passe le long de vos fenêtres, que je vous guette dans chaque instant de votre vie. Je sais plus de choses sur vous que vous n’en savez vous-même... Et puis les jeunes beautés, comme vous dites, m’ennuient… 

Il se rengorge de lui dire ça. Pour lui, c’est une forme d’exploit et une preuve d’amour. Il se trouve formidable de toute la bêtise de sa jeunesse, sans entrevoir une seconde ce qu’elle peut penser de cette ingérence incroyable dans sa vie privée.

Elle frémit. Une suée d’angoisse glisse dans son cerveau. Ce personnage qui l’espionnait, sans qu’elle ne le sache, qui était là invisible, à regarder, à fouiner, à fouiller ses affaires, à chercher ses secrets les plus intimes. Que sait-il exactement sur elle ? Cette intrusion la scandalise. Ce voyeur inconnu, inodore, malsain, qu’elle ne percevait pas, l’inquiète et la met en rage. Encore quelqu’un qui croit qu’elle lui appartient. Elle a un mouvement de recul, se retient pour ne pas sortir dans la seconde. Il s’en rend compte. Un éclair de panique traverse ses pupilles.

– Attendez ! Qu’êtes-vous en train d’imaginer ? Mes explications n’ont pas dû être suffisamment claires. Je ne voulais pas dire…

Elle ne peut s’empêcher de hurler.

– Que vous m’avez espionnée, que vous avez fouillé dans ma vie privée, dans mes affaires, que sais-je encore…

Croisant le regard de la serveuse, Marion baisse le ton, finit en murmurant.

– Que vous êtes un voyeur doublé d’un voyou et que je trouve votre attitude infâme et particulièrement malsaine.

Elle envisage de se lever, fait un mouvement vers la sortie. Il la retient en la prenant par le bras.

– Attendez… l’accusation laisse-t-elle à la défense le droit de plaider la cause de son client ?

La phrase la fait sourire. Elle se rassied. Il continue vite de peur qu’elle ne parte, inquiet à son tour.

– Vous n’avez pas bien compris ce que je voulais dire. Voyeur, oui, sans doute, mais c’est tout. Je ne me serais jamais permis d’entrer chez vous, encore moins de fouiller vos affaires. Je me suis contenté de guetter vos passages dans la maison, de plus en plus rares d’ailleurs, de vous suivre parfois…

Elle a un geste, il renchérit vite.

– Pas plus, juste ça. Vous regarder, vous suivre et vous trouver belle. Oh s’il vous plaît pardonnez-moi ! Tiens voulez-vous que je mette un genou à terre pour implorer votre clémence…

Il va pour le faire, elle le stoppe en souriant, presque rassurée.

– Je vous crois, mais plus jamais d’espionnage. Vous n’êtes qu’un grand gamin.

– Oui.

– Maintenant, je veux savoir votre nom… ou je m’en vais.

 

La suite demain...

 

Photo : Chicago Chic Blog

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