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François Coulaud

Balade en Cadillac (16)

Suite de l'extrait de La femme à la fenêtre

– Maintenant, je veux savoir votre nom… ou je m’en vais.

Il a un rictus qu’elle reconnaît. Une sorte de mouvement de la bouche et des sourcils quand il a une contrariété. Chacun son tour. Elle lui doit bien ça, elle dont le cœur n’a pas tout à fait repris un rythme régulier.

– D’accord, je n’ai pas le choix. Boris Ouvanoff, né d’un père russe et d’une mère algérienne.

J’ai grandi dans la Zup de l’Argonne et en suis sorti… pour ne plus jamais y revenir.

L’Argonne, la cité la plus dure de la ville, où la police, les pompiers, les médecins n’entrent que rarement. Un coin où, pour survivre, il faut faire partie d’une bande, fonctionner selon des critères dictés par les plus grands en attendant de le devenir à son tour. La loi de la rue, une jungle comme une autre avec règlements de compte, territoires, trafics, prison au bout du voyage.   

Il parle, raconte, décrit cette vie tellement âpre. Elle l’écoute, silencieuse. Le temps s’écoule en sablier lent. Une dizaine de clients. Le repas est bon, mais ils ne savent pas ce qu’ils mangent, occupés l’un de l’autre, de cet autre monde qu’il connaît si bien, qu’elle n’imaginait pas. Il montre sur son poignet une longue estafilade rouge qui remonte jusqu’au coude.

– Un coup de couteau quand j’avais quinze ans, une bagarre idiote qui s’est mal finie.

– Mal finie ?

– Chut.

Il continue. Il croyait devenir maître du monde en passant Cador. Il a mis peu de temps à découvrir que les dés étaient pipés.

– En fait tu es coincé dans la Zup. C’est le lieu pourri. Tu n’es personne à l’extérieur, tous te méprisent. Tu es marqué au fer rouge. Et quand les flics t’ont en ligne de mire, tu es foutu.

– Et tu en es sorti ?

– Oui, j’ai eu de la chance. Une opportunité qu’il ne fallait surtout pas louper. J’ai su la prendre avant qu’il ne soit trop tard et j’en suis fier. Depuis, je vis libre, sans attaches, comme j’ai envie. J’ai un job cool, qui paye bien, et pas de patron classique pour me faire chier. Je bosse quand je veux, comme je veux. Le must, quoi !

Elle sourit. Un môme !

– Et c’est quel genre, ce job ?

Il a les yeux qui rient en la regardant malicieusement.

– Un autre jour… Tu veux tout savoir, espèce de petite curieuse. Eh bien, il te faudra patienter…

C’est elle qui à son tour joue la gamine. Voilà qu’elle se vexe ! Elle a toujours eu un sale caractère ce n’est pas d’hier, une boudeuse, mais il y avait longtemps. Il rit doucement de voir la moue qu’elle porte sur son visage. Elle se détend, rit à son tour. On ne peut lui en vouloir, il est trop jeune, trop beau, trop séduisant.
 

A suivre

 

Photo : Eurydice Hades

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