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François Coulaud

Balade en Cadillac (18)

- Oups, nous avons un problème, Annabelle ?
- Ah bon, lequel ?
- Eh bien, l'Annabelle de la vraie vie, ton alter ego, me dit qu'on ne peut pas mettre la suite de l'histoire parce que c’est assez sexuel et un peu violent aussi.
- Elle a raison. Eh bien tu n'as qu'à raconter ce qui se passe le lendemain, la balade sympa des deux copines dans Orléans. J'aime beaucoup cette séquence.
- Tu as raison. Et s'ils veulent en savoir plus, eh bien il n'ont qu'à lire le livre.
Je l'embrasse longuement. Il faut toujours embrasser les jolies femmes qu'on aime.

Et donc, nous voici le lendemain...
La Marion que vous connaissez déjà et sa copine, Sabine dit Sab.

Les talons claquent sur les pavés mouillés, les jambes longues, lisses, en métronome régulier, bras le long du corps pour guider le rythme, épaules fermes, tête raide. Rire et joie d’être deux. Orléans s’ébroue autour d’elles d’une averse furtive. La place du Martroi est déserte de quelques rares passants perdus dans son étendue granitique agencée de carreaux graphiques. Les palmiers verts, alignés dans leurs pots verts, s’ennuient. Les façades bourgeoises, indifférentes, fixent de leurs fenêtres éteintes le manège 1950, chevaux de bois, sous-marin et fusée Jules Vernesques, petite musique aigrelette. La statue de Jeanne d’Arc, imposante, salue du fer de son épée les locaux bancaires tout proches. Impertinent, le ciel a ouvert un grand mouchoir bleu moqueur qui se fiche de tout ce décorum.

Au coin de la rue Royale, le magasin Jacqueline Riu leur fait de l’œil. Caché sous les arcades qui descendent jusqu’à la Loire, deux courtes vitrines proposent des ensembles sages et printaniers aux couleurs académiques.

– Allez, je te paye une jolie robe pour le printemps qui vient, ça te fera du bien.

– Allez, je te paye une jupe courte, ça te fera du bien aussi. Et ce sera moins cher, je n’ai pas trop d’argent, moi.

Elles entrent en blaguant dans la boutique. La vendeuse ne semble pas goûter leur plaisir de vivre. Elle travaille, elle !

– Puis-je vous aider ?

Sab se campe les mains sur les hanches, le menton levé, sourire aux lèvres. Elle tourne la tête, envisage les divers vêtements proposés, termine son tour d’horizon sur la moue de la vendeuse.

– Non, merci ! Nous irons ailleurs.

Elle pousse Marion qui n’en revient pas, se retourne une dernière fois en sortant.

– Tant pis pour vous !

Les deux copines dévalent la rue en s’esclaffant. Marion, essoufflée, rouge, s’arrête au bout de quelques mètres.

– Je n’aurais jamais osé faire ça. Tu as un culot de tous les diables.

– Oui, mais où allons-nous maintenant ?

– Ce ne sont pas les magasins qui manquent, il y en a un super sous les halles.

Pourquoi la vie est-elle si gaie aujourd’hui ? La désillusion de la nuit, cette rage froide de cette violence amère n’est déjà plus qu’un souvenir estompé. Est-ce d’avoir décidé de changer, de ne plus accepter cette femme que l’on malaxe, que l’on courbe à sa volonté ? Marion se rend compte qu’un souffle la porte, l’emporte qui ne s’arrêtera plus. Elle refuse de subir encore. Vivre debout, décider seule. C’est si évident qu’elle ne reproche rien à Boris, et saura le diriger la prochaine fois, elle en est certaine. Ce n’est après tout que l’ignorance de la jeunesse, la puissance de ce désir masculin qui empêche de réfléchir. Elle sera celle qui lui apprendra à découvrir l’érotisme, le désir, l’apprivoisement de l’autre… s’il revient ! Saura-t-il, lui, surmonter cette brisure d’amour propre et la recontacter ? Nous verrons. Cela n’a finalement pas d’importance.

Juste une aventure ? Elle en est donc capable. S’engager dans une histoire anodine sans amour, pas de serments, peu de sentiments. Prendre du plaisir, prendre des risques aussi de cette liaison si différente.

Etrange.

 

A suivre...

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