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François Coulaud

Balade en Cadillac (19)

Dernier extrait de "La femme à la fenêtre".

– Comment tu me trouves ?

– Belle. Juste belle.

Une nouvelle Sabine très glamour sort de la cabine d’essayage. Une courte robe diaphane dévoile deux jambes parfaites. Un satin noir, sage, voilé d’une gaze transparente, tumultueuse. Les trois femmes qui cherchent dans les portiques se tournent. Marion croise une bordée de regards assassins. Bon signe, cela !

Elle a toujours aimé ce lieu un peu atypique, cette boutique ouverte sur le cœur des halles où l’on propose des vêtements différents, créatifs, toujours design, ourlés d’une œillade années cinquante revisitée. Des couleurs vives, une touche d’originalité, des décolletés plongeants, des raccourcis impressionnants. Elle est souvent passée devant les vitrines une pointe d’envie au creux du ventre, un désir sourd mal défini, un regard furtif un peu coupable sur les modèles exposés, puis une fuite rapide.

Pendant des années.

Et la voilà qui ose enfin entrer, essayer… et quelle tenue !

Marion se tourne face au miroir en tirant sur sa trop courte jupe.

– Et moi, je suis ridicule, je crois… Ce n’est pas portable ce truc, surtout à mon âge. On dirait une vieille gamine sur le retour.

Un kilt rouge et noir qui s’arrête à mi-cuisses en lui moulant les fesses. De petits plis coquins, une souplesse sur l’arrière qui doit dévoiler… beaucoup plus qu’il ne faut. 

– Tu veux rire, ça te va très bien. Quand vas-tu te décider à quitter ta garde-robe de bourgeoise ringarde avec manche à balai dans le derrière ? De toute façon tu n’as pas le choix, soit tu la portes, soit je rends la mienne.

– C’est une menace !

– Non. Juste un chantage non négociable.

– Garce ! Mais je vais avoir tous les boutonneux du quartier qui vont me poursuivre en bavant.

– Et alors ? Et puis, tu n’auras qu’à te retourner. Quand ils verront ton âge, ils fuiront, ne t’inquiète pas.

– Merci ! Sympathique ! J’apprécie ! Et les vieux pervers, tu as pensé aux vieux pervers ? Pour eux je suis de leur âge.

– Mais non, tu cours beaucoup trop vite. Ils ne te rattraperont jamais, rassure-toi.

A rire si fort, les clientes les regardent en biais vaguement désapprobatrices. Par contre, le seul homme dans la boutique leur envoie un clin d’œil complice, inconscient des lames de couteaux qui sortent des orbites de sa partenaire.

Marion se permet la réplique finale devant l’air interrogatif de la vendeuse.

– Non, on les garde sur nous. C’est pour consommer tout de suite !

 Elles sortent dans un pur éclat de joie. Le sourire complice de la commerçante les accompagne. Elles reviendront.

– Et que fait-on maintenant ?

– Viens, je vais te montrer mon futur appartement de l’endroit le plus joli qui soit : le parc Pasteur. Je n’ai pas encore les clefs mais tu pourras te rendre compte. Puis on ira se boire un chocolat… ou autre chose.

 

 

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