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François Coulaud

Balade en Cadillac (9)

- J'aime pas la Beauce !
Définitif, percutant, avec l'expression qui va bien. Si la Beauce était un paysage, Annabelle l'aurait assassinée de ces quatre mots. D'une montagne, ce serait devenue une plaine morne et triste. D'ailleurs ça l'est.
Et puis, on n'assassine plus la Beauce, elle est déjà morte.
Annabelle boude à moitié de traverser ce désert pesticidé. Je lui pose la main sur la cuisse... qu'elle a douce.
- Moi non plus, je n'aime pas la Beauce. Mais c'est un mauvais moment à passer, on est obligé de la traverser. Et puis il fait beau., ça rassure.
- Tu parles ! Regarde ces chiens, ils profitent que tout le monde est confiné pour mettre les bouchées doubles.
On peut le dire comme ça.
Comme je l'ai souvent vu faire sur ces terres de millionnaires, ce n'est pas un mais une ligne de tracteurs qui avance, balançant du produit en nuages dégueulasses sur une largeur d'au moins cinquante mètres.
Sympa !
Un clocher se dresse comme abandonné au milieu des champs, quelques toits l'environnent. On a toujours la sensation dans ces grands étendues céréalières que les villages sont comme décalés, posés, sans raison particulière d'être là plutôt qu'ailleurs. Pas de collines, aucun bois, pas de bords de rivière accueillant.
En fait, il y a eu une époque, je le sais bien, où cette campagne avait des haies, des chemins creux, de petits morceaux de bois, cachettes pour les animaux, gites pour les oiseaux, rendez-vous des amoureux.
Ce n'est pas si vieux.
Et puis la culture industrielle est passée par là.
Plus d'insectes, plus d'oiseaux, et quant aux amoureux, ils se rencontrent dans les pelouses bien rasées de leurs zones pavillonnaires.
- Moi non plus, je n'aime pas la Beauce.
Je souris à Annabelle, elle me rend mon sourire.
Ouf !
Nous serons bientôt sorti de ce piège.
Une enfilade d'éoliennes nous saluent de leurs bras gris telles des épouvantails de ténèbres siliconés.
J'accélère un peu, hâte d'arriver.
L'odeur doucereuse d'Artenay, de son usine de sucre, nous prend les narines comme une masse gluante.
Comment peut-on vivre là ?
Annabelle pose sa main sur ma cuisse, une main si douce que j'en oublie le paysage, les nuées visqueuses, les agriculteurs qui oublient la terre, les industriels qui la négligent.
Je me promène avec la plus belle femme du monde, il fait beau, nous serons ce soir à Orléans.
Je vais bien !

A suivre....

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