Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
François Coulaud

Balade en Cadillac (22)

Lentement, pour bien profiter du paysage, j'engage la Cadillac dans la courte rampe qui mène au quai Amédée Constant, je longe le parc le long de la Loire où somnole en permanence un bateau, une Gabarre.
Sur notre droite, la ville de Blois s'allonge, féminine, superbe.  Le patchwork des maisons blanches aux toits d'ardoises, les arbres aux feuillages carrés, symétriques, la cathédrale qui les domine de sa longue façade aux arc boutants régulier, la mairie à sa droite, ses multiples fenêtres, son fronton triangulaire, complétée d'un parc en fuseau de verdure.
Couchée sur l'eau, identique miroir, une seconde ville inversée se pare des mêmes beautés.
Le ciel, du haut, du bas, clos les deux images adoubées d'un bleu de légende.
Je ralentis encore, cherche une place suffisamment large pour la voiture.
La voici.
Un jour de chance, vraiment !
Car il faut traverser le pont à pied si l'on veut profiter du spectacle.
Nous sortons, un geste, la capote rouge se referme automatiquement. Quand on sait l'âge de ce véhicule, c'est étonnant.
Sans électronique !
Pour tout avouer, je déteste l'électronique automobile qui me claironne des ordres d'une voix de poulet pour m'indiquer des parcours sans imagination, ou qui met en marche les phares, les essuie-glaces, comme si je ne savais le faire tout seul.
Crispant !
Pas de ces problèmes malpolis avec une bonne vieille Cadillac !
Quelques pas au bras de la plus belle femme du monde, quelques regards croisés qui me le confirment.
Voici la terrasse du Café- Brasserie "Le Pavillon", un lieu que j'aime bien. Nous reviendrons y manger tout à l'heure.
La place a été aménagée avec goût, mélangeant buissons structurés et pavage brut. Un peu granitique mais pas trop. Un espace agréable pour s'installer face à la plus belle vue de la cité dans le soir qui vient avec, souvent, la mirifique explosion d'un coucher de soleil grandiose.
Telle est la Loire !
Pour l'instant nous continuons notre promenade.
Le pont de Blois est une courte colline qui monte progressivement, permettant de dominer peu à peu le fleuve,avant de redescendre vers Blois. En son centre, une pyramide de pierre, fine, élancée, permettait aux mariniers d'une autre époque de repérer l'Arche Batelière, l'arche où les convois de bateaux pouvaient passer.
Nous nous arrêtons pour regarder jouer les oiseaux. Ils plongent artistiquement du plus haut du firmament, évitent souplement la pile, filent au ras de l'eau, les ailes prêtes à toucher, s'évadent d'un coup d'ailes pour planer délicatement flottant sur la moindre brise, avant de replonger de nouveau.
Je passe mon bras derrière les épaules d'Annabelle.
Juste là-bas, sur le lac de Loire, à la limite de l'horizon, le triangle d'une voile blanche.
C'est un signe qui ne trompe pas.
Il fera beau ce soir, il fera beau demain.
Annabelle m'embrasse lentement, sans soucis des passants nombreux, ni des voitures râleuses.
- On continue ?
- On continue.
Devant nous s'allonge la perspective de la rue Denis Papin continuée des escaliers du même nom, larges, escarpés, raides et décorés d'une reproduction de la Joconde.
- Tiens ? Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle idée ? C'est idiot !
- Oui. Que ne ferait-on pas aujourd'hui pour plaire aux touristes ?
- Tu as vu, le "Maryland" existe toujours par contre le "Colonial" est devenu le "Gabriel".
- Souvenirs, souvenirs.
D'un temps où j'allais écouter du jazz dans l'une de ces brasseries, de nos soirées festival BD avec les copains, BD Boumesques pour tout dire, dans l'autre.
Annabelle a les yeux qui brillent.
Moi aussi.
Quel plaisir de vivre !

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article