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François Coulaud

Beauté fatale

Admirable et belle, charnelle, elle regardait le paysage.

Une longue vallée de pierre, falaises, rivière lointaine sous des arbres nains.

Appuyé à la voiture sportive sombre et racée, les mains dans les poches de son pantalon très bien coupé, une cigarette entre les lèvres, il la regardait.

Elle portait ce jour là une dentelle noire sur ses longues jambes galbées de gris, de hautes chaussures fines, un manteau court à boutons blancs et ce petit chapeau rond qu’il venait de lui offrir.

Le vent encore froid lui faisait remonter son col, blottir son nez dans le flux de ses cheveux roux.

Superbe.

Une deux-chevaux cacochyme montait en soufflant fort la route en lacets. Elle manqua s’essouffler définitivement dans l’épingle à cheveux, toussa, éructa, repartit difficilement. Ensuite le bitume faisait un faux plat où le véhicule pouvait reprendre un tant soit peu de vitesse. Ils virent passer, l’une puis l’autre, une tête ronde, deux yeux exorbités, bloqués sur la gravure de mode sensuelle.

Un fracas de tôles brisées, une dégringolade cacophonique, puis le silence.

Le virage suivant n’était pas triste.

Il retira sa cigarette, souffla un rond de fumée parfait.

‒ Bon, on y va.

‒ Encore deux minutes s’il-te-plait.

Il jeta un œil sur le dévers. Une voiture de gendarmerie montait les lacets à bonne vitesse. Il n’aimait pas le poulet.

‒ D’accord, mais c’est la dernière.

 

Modèle : Sandrine Raimbaud

Photographe : Stéphane Perruchon

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