Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
François Coulaud

Théodore.

Théodore s’appelle Théodore,  il en est fier.

On pourrait trouver ce prénom désuet, bizarre, anachronique.

Pas lui !

Il l’aime comme on aime un bijou qui vous ressemble.

Unique.

Il promène son « Théodore » accroché à la boutonnière, bien en évidence. Ça le pose d’avoir un prénom qui ne ressemble à personne, surtout à son âge.

Car il a vingt ans.

Du coup, il se donne un genre.

Canotier, pantalon de coutil clair, chemise blanche ouverte sur sa poitrine imberbe, moustache fine, canne à pommeau d’argent.

Il a du style.

Il le sait.

Aujourd’hui, un temps splendide, tout à fait hors de saison puisque l’on est début mars. Il faut en profiter, demain il fera gris comme hier.

Théodore a décidé d’aller au parc. Il marche d’un pas tranquille dans les allées, observe les cimes des arbres détachées du fond bleu, traverse le faux pont de bois enjambant le faux ruisseau de montagne, longe la rive du bassin où s’ébattent deux cygnes d’une blancheur immaculée.

Une brise douce, le ronronnement des automobiles mêlé au chant des oiseaux, quelques voix lointaines.

Monter la courte colline entre les deux cèdres centenaires, une volée de marches de pierres mal jointes, une fontaine où deux angelots sculptés s’embrassent goulument.

Un détour d’escalier, une ouverture de pierre sur un paysage de verdure.

Deux jambes nacrées de bas translucides, une jupe qui remonte très haut.

Il apprécie en connaisseur.

Apparition ?

Il s’approche sans y croire, découvre un corps souple au bout des longs fuseaux de bronze, un visage régulier qui regarde au loin sans lui prêter attention, des lèvres rouges, des paupières serties de mascara, des cheveux roux ondoyant sur un cou d’albâtre.

Fabuleuse.

Il reste debout, planté, la gorge sèche.

Elle bouge délicatement le menton, ébauche un sourire magnifique.

Il ose enfin s’avancer.

Il s’appelle Théodore quand même !

Large geste du canotier façon mousquetaire, pliure du genou, oscillation de la tête pour accompagner le mouvement, faire du cirque pour cacher sa timidité.

─ Madame, permettez à un admirateur ébaudi de vous adresser toutes ses félicitations, vous êtes mirifique !

Les yeux d’amande descendent jusqu’à lui, le sourire devient ironique.

─ Toi, mon coco, tu vas te faire engueuler.

─ Mais qu’est-ce qu’il fout dans le champ ce crétin !

Théodore se retourne.

Deux photographes énervés, plusieurs assistants, un type qui porte de grands panneaux blancs.

Oups !

─ S’il vous plaît, monsieur, seriez-vous assez aimable ?

Une jeune femme charmante qui le pousse doucement. Oui il serait assez aimable.

Théodore s’éloigne un peu embêté. Ce n’est pas la première fois qu’on le traite de crétin, et ce ne sera pas la dernière, il en a l’habitude, mais il y a la façon.

Un dernier regard vers le si merveilleux modèle et son staff, il croise les yeux amande, le sourire est devenu tendre.

Elle envoie du bout des doigts, du bout des lèvres, un baiser soyeux à son admirateur naïf.

Allons, la journée sera belle !

 

Modèle : Sandrine Raimbaud

Photographe : Nicolas Perruchon 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article