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François Coulaud

Une lettre

Cher ami,

Vous vous attendiez sans doute à ce que je vous appelle « Chéri »  ou « Mon amour », mais restons, si vous le voulez bien, à « Cher ami ».

 

Nous nous sommes rencontrés, vous en souvenez-vous,  un soir d’automne à la terrasse du café des Arts. Vous lisiez Verlaine, je lisais Rimbaud, nous étions fait pour nous comprendre.

Vous m’avez donné un  baisemain, ce que j’ai trouvé adorablement décalé. Vous m’avez parlé de mes yeux, de ma beauté, de culture, d’art, de tout ce que les femmes aiment entendre et j’ai aimé l’entendre.

Vous savez disserter et si vous n’êtes pas beau, vous êtes charmant.

Nous nous sommes revus.

Vous m’avez offert des roses, invitée au Théâtre, à l’Opéra.

Nous avons discuté de littérature, de cinéma, de musique.

Tout ce que j’apprécie, tout ce qui me plait.

Vous n’étiez pas souvent argenté, c’est là votre moindre défaut, mais baste, je suis féministe et tiens à mon indépendance. Il m’est arrivé de payer pour deux, c’est tant mieux.

Ensuite nous avons couché comme il est de bon ton de le faire quand on se connait suffisamment.

Là encore, vous fûtes, mon cher, un partenaire de qualité qui se situe, soyons juste, dans le tiercé de tête de mes amants et j’en eus quelques-uns.

Attentif, patient, créatif, ardent, que demander de plus ?

Tout allait bien.

Et voilà que, ce matin, vous me demandez ma main par l’envoi d’un bouquet de roses rouges et d’un mot intelligent.

Oups !

C’est votre style de choisir un courrier plutôt qu’une entrevue. Vous préférez, je le sais, les formes littéraires au contact direct, au genou sur le sol, aux yeux dans les yeux.

Je vous reconnais dans cette esquive qui vous ressemble.

Mais, pourtant, je vais vous avouer quelque chose.

Vous allez sourire ! Savez-vous que je me suis posé la question… vraiment.

Sérieusement.

Nous sommes parfois si bêtes, nous, les femmes, si romantiques.

Un peu niaises, furtivement

Puis, comme je suis une renarde qui en a vu d’autres, je me suis renseignée.

J’ai appelé les copines. Les bonnes, qui vous disent tout, les garces, qui vous disent tout.

Et j’ai découvert ce dont j’aurais pu me douter…

Vous avez donné un baisemain à toutes sans exception, vous les emmenez à l’Opéra, au Théâtre, vous leur lisez des vers, leur envoyez des fleurs, et même, il vous arrive de payer parfois.

Les copines m’ont dit « Je ne te dis pas tout ».

Les garces m’ont dit « Je ne te dis pas tout ».

 

Alors voyez-vous, Cher Ami (comprenez-vous pourquoi je tiens à ce terme), je ne vous épouserai pas car je ne veux pas épouser un hall de gare.

Restons si vous le voulez bien de bons amis, continuons à aller au théâtre, à l’Opéra et ailleurs. Je continuerai de payer pour vous, incidemment, quand vous n’avez plus de monnaie. Je sais financer mes passions.

Couchons de temps en temps, vous le faites si bien.

Mais restons-en là.

 

Votre amie

Agathe

 

Photo : Caroline Cohen

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